Pr. Issa Babana El Alaoui Politologue, Historien-Maroc
Il est des événements qui transcendent le temps et l’Espace, reliant le présent au passé pour préparer l’avenir. Cette sorte de continuité obstinée défiant les obstacles, les moments d’échecs préparant les succès, ou des époques d’épreuves balisant des épopées de gloire, comme on en trouve dans l’Histoire, mais faisant souvent la grandeur des peuples faiseurs de miracles, contre vents et marées. Vous voyez ce je veux dire. Car le Maroc séculaire est indubitablement de cette trempe d’Etats ayant inventé des stratégies et des méthodes en relations internationales, à la faveur d’une diplomatie globale, intégrant tous les secteurs de la vie publique. Cela étant dit, la Coupe du monde de football ne constitue plus seulement une compétition sportive. Elle est devenue un espace privilégié où se rencontrent les peuples, dialoguent les cultures et s’expriment les ambitions des nations.
À travers le football, les États projettent une image d’eux-mêmes qui dépasse largement le cadre du sport pour toucher à leur crédibilité, à leur attractivité et à leur influence dans le concert international. Le quart de finale ayant opposé la France au Maroc lors de la Coupe du monde 2026 illustre parfaitement cette évolution. Si la qualification est revenue à la France, le Maroc est sorti grandi de cette confrontation. Les deux équipes ont offert au monde l’image d’un football de haut niveau, fondé sur la maîtrise technique, le respect de l’adversaire et l’exigence de l’excellence. Pour la France, cette victoire confirme la solidité d’une école de football dont les succès s’inscrivent dans la durée. Elle témoigne de la continuité d’une politique sportive ambitieuse, soutenue par des structures de formation performantes et une culture de la compétition acquise au plus haut niveau. Pour le Maroc, cette élimination ne marque nullement un recul. Elle consacre, au contraire, l’entrée définitive des Lions de l’Atlas parmi les grandes sélections mondiales. Après l’exploit historique de 2022, beaucoup avaient évoqué une génération exceptionnelle.
Le parcours de 2026 démontre qu’il s’agit désormais d’un modèle durable, fondé sur une vision, une gouvernance sportive et une politique de formation qui produisent leurs effets avec constance. Le football devient alors un langage universel au service des relations internationales. Il crée des espaces de dialogue là où les divergences politiques subsistent encore. Il rapproche les sociétés civiles, favorise la connaissance mutuelle et contribue à construire une confiance entre les nations que les seules négociations diplomatiques ne suffisent pas toujours à instaurer. Dans cette perspective, la Coupe du monde 2030 revêt une signification particulière. Son organisation conjointe par le Maroc, l’Espagne et le Portugal constitue un message fort adressé à la communauté internationale. Trois États appartenant à deux continents uniront leurs capacités pour accueillir le plus grand événement sportif mondial.
Cette coopération traduit une conception moderne de la diplomatie : celle qui privilégie les partenariats, les complémentarités et les intérêts communs plutôt que les logiques de confrontation. Pour le Royaume du Maroc, cette échéance représente bien davantage qu’un défi organisationnel. Elle symbolise l’aboutissement d’un processus engagé depuis plus de deux décennies sous l’impulsion des plus hautes autorités de l’État : modernisation des infrastructures, professionnalisation du sport, investissement dans la jeunesse, développement des académies de formation et renforcement de la présence marocaine dans les institutions sportives internationales. Cette évolution s’inscrit dans une vision plus large où le sport devient un vecteur de puissance douce (soft power), au même titre que la culture, l’économie, la coopération scientifique ou l’action humanitaire. Le football participe ainsi à la construction d’une image internationale fondée sur la stabilité, la compétence, l’ouverture et la capacité d’organiser de grands événements dans le respect des standards internationaux.
Mais la véritable richesse de cette dynamique réside peut-être ailleurs. Elle se trouve dans l’adhésion des peuples. Les succès des Lions de l’Atlas ont suscité un enthousiasme dépassant largement les frontières du Royaume. En Afrique, dans le monde arabe, dans les diasporas et auprès de nombreux amateurs de football, le Maroc est devenu un symbole de persévérance, de cohésion et d’ambition. Cette sympathie spontanée constitue l’une des formes les plus précieuses de l’influence internationale. À cet égard, la diplomatie sportive ne relève plus exclusivement des gouvernements. Les fédérations sportives, les clubs, les athlètes, les universités, les médias, les entreprises et les associations participent eux aussi à cette projection internationale. Ils deviennent les acteurs d’une diplomatie parallèle qui complète et renforce l’action officielle des États. L’avenir appartient désormais aux nations capables de transformer leurs performances sportives en projets durables de coopération internationale.
C’est dans cette perspective que la Coupe du monde 2030 devra être envisagée : non comme une fin en soi, mais comme le point de départ d’une nouvelle étape du dialogue entre les peuples de la Méditerranée, de l’Afrique, de l’Europe et, au-delà, de la communauté internationale tout entière. Le football n’est plus seulement un jeu. Il est devenu une école de citoyenneté, un facteur de rapprochement entre les cultures et un instrument de paix. Lorsqu’il est porté par une vision stratégique et par le respect des valeurs universelles du sport, il se transforme en une véritable diplomatie des peuples. À l’horizon 2030, la France et le Maroc auront sans doute de nouvelles occasions de se rencontrer sur les terrains de football. Souhaitons que chacune de ces confrontations continue d’illustrer ce que le sport offre de meilleur : la compétition sans hostilité, la rivalité dans le respect et la victoire sans arrogance. C’est ainsi que le football accomplit sa plus noble mission : rapprocher les hommes en honorant les nations qu’ils représentent.
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